Être leader dans l’église, c’est bien plus qu’une simple responsabilité. C’est un engagement profond, parfois exigeant, souvent méconnu, mais ô combien essentiel. Sans les leaders, les bénévoles qui donnent de leur temps et de leur énergie chaque semaine, l’église ne pourrait pas avancer ni se développer. Vous rendez possible ce qui semble parfois impossible, vous incarnez la force qui porte l’œuvre de Dieu.
Aujourd’hui, j’aimerais vous encourager, vous inspirer à persévérer dans votre service, et surtout vous aider à bien saisir un principe essentiel du leadership chrétien. Ce principe, je l’ai trouvé dans une parabole que nous connaissons tous, celle du fils prodigue, mais que je souhaite vous présenter sous un angle différent.
La parabole du fils prodigue : une leçon essentielle pour les leaders
Je vous invite à ouvrir avec moi l’évangile de Luc, chapitre 15, versets 11 à 24 :
« Il dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. »
(Luc 15:11-24)
Le scénario est connu : le fils cadet veut sa part d’héritage, quitte la maison, gaspille tout, vit dans la misère, puis revient repentant. Mais, ce geste en apparence banal recèle une richesse spirituelle profonde.
Comprendre le départ du fils cadet : un renoncement à l’autorité paternelle
Quand ce fils demande sa part, dans le contexte culturel de l’époque, c’est en réalité un acte de rupture symbolique. C’est une manière de dire : « Je ne reconnais plus que tu sois mon père. Je veux couper le lien. » En clair, c’est une forme de révolte, de rejet, comme s’il « tue » la relation avec son père pour suivre son propre chemin.
Ce départ provoque inévitablement une douleur immense dans la famille. Imaginez la scène : le père, la mère, le frère aîné à table, tous déchirés intérieurement. La tristesse, l’incompréhension, la peur, la colère : autant d’émotions qui peuvent naître face à un tel choix.
Mais, au-delà de la souffrance, cette parabole est un message d’espoir puissant. Pour les parents, c’est un appel à ne jamais abandonner l’espoir, même si un enfant s’éloigne. Pour ceux qui accompagnent la jeunesse, que ce soit dans l’école du dimanche ou les groupes de jeunes, c’est un encouragement à persévérer, à ne pas se décourager face aux échecs apparents.
Le père, un exemple inégalé de foi et de grâce
Ce père, malgré ce rejet symbolique, ne cesse jamais d’espérer. Il attend, il veille. Il refuse de renoncer. Ce père est un modèle de foi. Il sait que son fils l’a rejeté, qu’il le considère comme mort, et pourtant il garde au fond de son cœur le secret de la restauration.
Mais lorsque le fils revient, honteux et repentant, le père ne lui reproche rien. Il le reçoit avec une grande grâce. Le fils, conscient de sa faute, n’ose même pas revendiquer son statut de fils ; il se voit comme un serviteur. Pourtant, le père l’accueille comme un fils, avec tout l’honneur qui va avec : une robe somptueuse, un anneau, des chaussures, et la fête pour célébrer son retour.
Cette partie révèle une vérité forte sur la nature de Dieu : sa grâce est bien plus grande que nos fautes, il ne tient pas nos erreurs contre nous quand nous revenons à lui.
Le fils aîné : un personnage souvent oublié mais riche d’enseignements
Mais cette parabole ne s’arrête pas là. Il y a un autre personnage, souvent moins mis en lumière : le fils aîné. Écoutons sa réaction dans Luc 15, versets 25 à 30 :
« Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c’était. Ce serviteur lui dit : Ton frère est de retour, et, parce qu’il l’a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer. Son père sortit, et le pria d’entrer. Mais il répondit à son père : Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras ! »
(Luc 15:25-30)
Sa réaction révèle sept paroles clés qui nous parlent à tous d’une manière ou d’une autre. Elles décrivent ce que cache souvent notre cœur.
Les 7 paroles du fils aîné et ce qu’elles révèlent de notre cœur
« Voici, il y a tant d’années que je te sers »
Il souligne son dévouement. Ce n’est pas une plainte explicite, mais il veut montrer qu’il est fidèle depuis longtemps, qu’il a vécu dans la maison, qu’il a toujours accompli sa tâche.« Sans avoir jamais transgressé tes ordres »
Ici, il se justifie, présentant sa justice personnelle comme parfaite, sans faute, comme s’il méritait plus que son frère.« Et jamais tu ne m’as donné un chevreau »
Il exprime un manque de reconnaissance : il a travaillé dur sans recevoir le moindre signe d’encouragement ou de joie.« Pour que je me réjouisse avec mes amis »
Il n’a pas pu partager de moments de fête ou de joie, ce qui le fait se sentir isolé et blessé.« Et quand ton fils est arrivé »
Il rejette son frère en ne l’appelant pas « mon frère », mais simplement « ton fils ». Pour lui, il n’est plus rien.« Celui qui a mangé ton bien avec des prostituées »
Sans surprises cette fois, il rappelle clairement la faute grave de son frère, comme un rappel amer à son père.« C’est pour lui que tu as tué le veau gras ! »
Il considère que la fête donnée à son frère est une injustice, qu’il aurait dû être lui à être honoré.
Toutes ces paroles reflètent un cœur blessé, plein d’amertume, de jalousie, de frustration, et de manque de reconnaissance. Cette posture est dangereuse : elle peut miner le service, la joie de vivre dans l’église et la communion fraternelle.
Cette attitude nous concerne tous : comment éviter d’être le fils aîné ?
Beaucoup d’entre nous connaissent au moins une de ces frustrations, ce poison intérieur qui ronge : jalousie, manque de reconnaissance, frustration, solitude dans le service, incompréhension des décisions, sentiment d’injustice, stagnation, invisibilité de nos efforts.
Et parfois, ce poison éclate, comme une crise semblable à celle du fils aîné. Alors une question : de quelle posture êtes-vous ? Plutôt fils prodigue ou fils aîné ?
La réponse du père : une invitation à changer de regard
Notre réflexion ne serait pas complète sans entendre la réponse du père à son fils aîné. Lisons Luc 15, versets 31-32 :
« Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi; mais il fallait bien s’égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu’il est revenu à la vie, parce qu’il était perdu et qu’il est retrouvé. »
(Luc 15:31-32)
Le père réaffirme l’identité vraie du fils aîné : « mon enfant ». Malgré tout ce ressentiment, il reste son fils bien-aimé. Il souligne que tout ce qu’il possède lui appartient – tout ce qui est dans la maison est à toi.
Cependant, il invite aussi à la joie, parce que ton frère est revenu à la vie, il est retrouvé.
Servir comme un fils et non comme un esclave : la clé du bonheur dans le service
Et là, la question essentielle : Comment sers-tu Dieu le Père ?
Est-ce que tu sers comme un esclave, épuisé, frustré, cherchant à obtenir la faveur, la reconnaissance, les honneurs ? Ou est-ce que tu sers comme un fils, dans la joie, parce que tu sais que tu es aimé, que tout ce que le Père a est à toi ?
Le fils aîné s’est comporté en esclave, exprimant reproches et revendications. Mais son père ne l’a jamais traité comme tel. Il l’a regardé pour ce qu’il est vraiment : un fils.
Dans notre service, il nous faut adopter cette vision : nous sommes d’abord des fils et des filles de Dieu, aimés, reconnus, héritiers des richesses célestes.
Le baptême de Jésus : une révélation de notre identité de fils appréciée de Dieu
Pour mieux comprendre cette nouvelle manière de servir, remontons au moment du baptême de Jésus. Ce moment clé dans l’histoire marque un changement profond dans la relation entre Dieu et l’humanité.
Jean-Baptiste baptisait dans le Jourdain, appelant à la repentance. Jésus, sans péché, vient aussi se faire baptiser. Jean refuse au début, se sentant indigne, mais Jésus insiste.
Au moment même où Jésus sort de l’eau :
« Le Saint Esprit descendit sur lui sous la forme d’une colombe, et une voix vint des cieux : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection’. »
Cette voix divine révèle une vérité nouvelle : Dieu ne se révèle plus simplement comme créateur tout-puissant, mais comme un Père aimant qui déclare Jésus son Fils bien-aimé.
Par Jésus, nous devenons aussi des fils et filles bien-aimés, héritiers avec lui du Royaume de Dieu. Notre identité n’est plus définie par notre service, nos erreurs ou notre passé, mais par l’amour inconditionnel du Père.
Servir dans la liberté d’un fils aimé et valorisé
Jésus, avant même de commencer son ministère, sans miracles ni miracles accomplis, connaît qui il est : le Fils de Dieu, aimé, reconnu, envié par le Père. Sa force, son courage et sa constance viendront de cette identité profonde.
Il servira jusqu’à la croix, donnant tout, parce qu’il sait qui il est vraiment.
Cette identité est la source même de notre engagement : servir avec allégresse non pour gagner un prix ou une reconnaissance, mais parce que nous sommes aimés et que nous servons le Père ensemble, en communauté.
Servir en tant que fils ou esclave ? Choisis la joie d’être un enfant de Dieu
Alors, où en es-tu aujourd’hui dans ton service ? Es-tu encouragé, dans cette posture de fils bien-aimé qui sert avec joie, persévérance, sans chercher la reconnaissance ? Ou as-tu accumulé du ressentiment, des doutes et de la fatigue en servant comme un esclave ?
Si tu es dans la première posture, sois encouragé ! Continue, persévère, car ton service est précieux pour le Royaume.
Si tu te reconnais dans la posture du fils aîné, écoute la voix du Père qui te parle aujourd’hui :
« TU es mon fils, ma fille bien-aimée, en qui j’ai mis toute mon affection. »
Rappelle-toi ce que dit Romains 8 :
« Nous avons reçu un esprit d’adoption qui nous pousse à appeler Dieu ‘papa’. »
Dieu ne fait pas de favoritisme, il ne tient pas compte de nos mérites, mais de notre cœur et de notre relation avec lui.
Dans le Royaume de Dieu, il y a tout en abondance, il n’y a pas de partage limité à faire, il y a assez pour tous les enfants.
Alors servons-le ensemble, avec la certitude que ce que nous faisons n’est pas ce qui détermine notre valeur, mais ce que nous sommes : ses enfants bien-aimés.
Qu’il en soit ainsi pour toi aujourd’hui. Amen.

Merci jrem pour ce partage. Sois béni
Fredo de Eu